Nos articles sur le thème de la gouvernance


Premier bilan, par Clarisse Fabrèges et Quentin Nam

Casablanca, des centres et des périphéries

De part et d'autre du Boulevard Sidi Mohamed Ben Abdellah : la Marina flambant neuve fait face à des quartiers d'habitat ancien qui n'ont pas bénéficié de la réhabilitation de la Médina. Photo : Quentin Nam
De part et d'autre du Boulevard Sidi Mohamed Ben Abdellah : la Marina flambant neuve fait face à des quartiers d'habitat ancien qui n'ont pas bénéficié de la réhabilitation de la Médina. Photo : Quentin Nam

Au Maroc, Casablanca est la ville cosmopolite par excellence. Une ville jeune, au passé récent : elle ne comptait que 20 000 habitants au début du XXe siècle. Avec une population actuelle de 3,5 millions d'habitants et près de 5 millions pour la totalité de son agglomération, Casablanca est aussi une ville qui a grandi rapidement, et où l'urbanisation a toujours été un challenge.

Cela explique peut-être la nature cosmopolite de la ville : Casablanca est riche architecturalement, culturellement et ethniquement, puisqu'elle a toujours eu une tradition d'accueil pour les populations du Maroc, du reste de l'Afrique et d'Occident.

Riche, Casablanca l'est aussi socialement. Du fait de sa place de capitale économique du Royaume, nous nous attendions à trouver d'importantes différences de richesse parmi ses habitants. Les écarts réellement constatés lors de nos visites de terrain et les divers entretiens que nous avons eus à ce stade nous ont toutefois frappés par leur ampleur. En mettant de côté les bidonvilles excentrés et les quartiers résidentiels éloignés remplis de villas toutes plus luxueuses les unes que les autres, le centre-ville en lui-même est le théâtre de toutes les inégalités. Sur un périmètre restreint, il arrive souvent que des enfants affamés côtoient des Porsche dernier cri.

Redéfinition du concept centre-périphérie

La Corniche en cours d'aménagement au niveau de la mosquée Hassan II. Photo : Quentin Nam
La Corniche en cours d'aménagement au niveau de la mosquée Hassan II. Photo : Quentin Nam

Bien que Casa ait une histoire récente, son dynamisme - qui n'est plus à remettre en question - ne s'est pas toujours exercé aux mêmes endroits selon l'époque. Alors que le cœur de la ville battait dans le quartier art-déco sous le Protectorat, celui-ci a glissé lentement mais sûrement vers le Maârif au fil des années. Toutefois, on observe aussi désormais d'autres lieux de vie et d'animation : la Corniche et ses nouveaux centres commerciaux, la ville art-déco et la place Mohammed V qui continuent d'attirer... Finalement, Casablanca est une cité typiquement polycentrique.

 

Ces observations nous ont amenés à adapter la notion de "centre-périphérie" au cas de Casablanca. On a déjà eu l'occasion de prendre pour hypothèse le fait que le concept de ville intelligente est davantage pensé pour les zones centrales : il ne s'agit pas forcément d'endroits qui soient centraux géographiquement, mais plutôt des lieux de vie, de rencontre, où différents milieux sociaux peuvent se côtoyer (même sans se parler). Par opposition, les zones périphériques seront de deux types : les zones résidentielles, y compris en centre-ville, qu'elles soient riches, modestes voire pauvres, et les zones rurales excentrées, que nous avions déjà pris en compte lors de la définition de notre mission.

À Casablanca, un très large concept de "ville intelligente"

Publicité pour le lancement du site de la Ville de Casablanca, le 21 décembre 2015. Photo : Clarisse Fabrèges
Publicité pour le lancement du site de la Ville de Casablanca, le 21 décembre 2015. Photo : Clarisse Fabrèges

Casablanca affiche clairement l'objectif de compter parmi les "smart cities" en Afrique et dans le monde. En témoigne le lancement d'un site Internet dédié à la ville, www.casablancacity.ma, à la fin de l'année 2015. Casablanca a également organisé, les 18 et 19 mai derniers, la "Smart City Expo Casablanca" et une nouvelle édition est d'ores et déjà programmée pour les 17 et 18 mai 2017.

 

Pourtant, Casablanca souhaite aussi s'imposer comme une ville intelligente en dépassant les nouvelles technologies : il s'agirait alors d'adopter une organisation efficace, avec un leadership et une direction clairement énoncés afin de concrétiser des projets novateurs dans des délais serrés tout en obéissant à une exigence de qualité et de sérieux.

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Hangzhou : un écosystème d'applications smartphone rapprochant citoyens et administration

Dans son objectif de développer « l‘administration urbaine intelligente », l’Urban Management Committee de Hangzhou a développé une série d’applications pour smartphone, notamment concernant « l’administration de proximité ». Son objectif principal réside dans la création d'une plateforme sur laquelle les habitants peuvent signaler les dysfonctionnements de la ville, tout en développant « l’humanisation du renforcement législatif ». Or ces applications doivent trouver leur place sur un marché déjà occupé par les logiciels privés, notamment ceux développés par Alibaba, toujours en relation avec la municipalité.

 

L'application "Administration de proximité" devant le CBD de Hangzhou. En haut : "Pour le G20, ensemble, reportons les problèmes urbains". Photo : Liubing Xie et Jérémy Leugé.
L'application "Administration de proximité" devant le CBD de Hangzhou. En haut : "Pour le G20, ensemble, reportons les problèmes urbains". Photo : Liubing Xie et Jérémy Leugé.

L’Urban Management Committee de Hangzhou a déployé le 3 avril 2014 l’application « 贴心城管 », « Administration de proximité ». Elle vise à concentrer et à simplifier l’accès aux services municipaux, mais également à développer de nouveaux services pour les citoyens. En parallèle, trois applications « Santé », « Transports » et « Tourisme » viennent compléter l’offre municipale.

 

Le développement technique de l’application est assuré par City Cloud, joint-venture spécifique à Hangzhou entre l’américain Cisco et Insigma, entreprise chinoise locale étroitement liée à l’université du Zhejiang de Hangzhou. La technologie américaine se retrouve ici appropriée et contrôlée indirectement par le gouvernement local (cf. article dédié à l’organisation gouvernement-entreprises à Hangzhou – publié prochainement). La municipalité de Hangzhou est à l’origine de l’appel à projets concernant cette application ; elle en a défini les ambitions et s’occupe de sa gestion ainsi que de la collecte des informations produites. L’application est disponible sur iOS et Android (à travers les différents « stores » des constructeurs chinois).

 

SIGNALER OU DÉNONCER ?

La principale fonction de l’application réside dans sa page de report des dysfonctionnements de la ville. Les problèmes de voiries, de distribution d’eau et d’équipements publics (poubelles, toilettes…) sont les premiers visés.  Mais les autorités invitent également à utiliser l’application pour signaler tout manque à l’ordre public : chantiers non-déclarés, animaux de compagnie non-badgés, vente à la sauvette, publicité sauvage…

 

Le report doit être accompagné d’une photo ou d’une vidéo et bénéficie d’une géolocalisation automatique. Une fois signalé, l’utilisateur accède à un suivi de sa demande et de son potentiel traitement par les autorités. De mars à septembre 2016, en amont de l’organisation du G20, les autorités ont lancé une campagne de promotion concernant cette fonctionnalité, souhaitant améliorer le cadre de la ville en promettant une réponse rapide aux citoyens.

 

Il s’agit en réalité d’une expansion et d’une internalisation d’une fonction qui existait au préalable dans la ville. Avant 2014, la municipalité chargeait une entreprise privée de relever les dysfonctionnements urbains et d’animer une hotline téléphonique afin de recueillir les retours des habitants. Avec l’application, la municipalité reprend le contrôle en traitant directement les complaintes, qui peuvent toujours être adressées par téléphone, mais aussi par les réseaux sociaux (Weibo). En mai 2016, le gouvernement annonce avoir collecté 16 000 retours des habitants depuis le lancement de l’application, chiffre convenable mais à relativiser vu la superficie et la population de la ville.

 

En plus de fournir au gouvernement une rapide connaissance des problèmes liés à son territoire, l’application lui permet un traitement statistique de type big data afin de mieux comprendre l’origine des anomalies urbaines. Les résultats communiqués annoncent ainsi que 34% des dégradations des trottoirs et 46,1% des dommages causés aux buttes séparatrices de chaussées sont causées par des violations aux règles de parking.

 

 

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Capture d'écran de la fonctionnalité de signalement de problèmes urbains dans l'application "Administration de proximité". L'utilisateur est invité à insérer une photo, un commentaire audio ou écrit et à catégoriser l'incident.
Capture d'écran de la fonctionnalité de signalement de problèmes urbains dans l'application "Administration de proximité". L'utilisateur est invité à insérer une photo, un commentaire audio ou écrit et à catégoriser l'incident.

Capture d'écran de la fonctionnalité de localisation des places de parkings au sein de l'application "Administration de proximité".
Capture d'écran de la fonctionnalité de localisation des places de parkings au sein de l'application "Administration de proximité".

L’accès aux facilités du quotidien représente la seconde priorité de l’application « administration de proximité », à travers une cartographie des services s’appuyant sur les fonds de carte de l’entreprise Gaode (高德) rachetée par Alibaba deux mois avant le lancement de l’application. On y trouve la localisation des administrations publiques (police, tribunaux, services de la mairie), des Vélos en Libre-Service, des toilettes publiques et des lieux de réparation (ateliers vélos, cordonniers, électroménager).

 

Le stationnement reste l’autre axe majeur de l’application, avec la géolocalisation des parkings privés et publics selon quatre couleurs indiquant le nombre de places encore disponible. Les frais de stationnement peuvent être réglés directement dans l’application, tout comme les amendes en cas de contraventions. Enfin, dans une situation de stationnement gênant, les utilisateurs peuvent indiquer la plaque d’immatriculation du véhicule indélicat ; si son propriétaire est enregistré dans l’application, il recevra une notification l’invitant à déplacer sa voiture.

 

 En parallèle, l’application sert de relais d’informations pour la municipalité, en proposant un fil d’actualité général sur la ville (évènements…), des alertes météorologiques et des informations concernant les travaux et les coupures temporaires d’eau et d’électricité. L’information reste toutefois générale à la ville, sans utilisation de la géolocalisation. Les citoyens peuvent également suivre l’état d’avancement de leurs procédures administratives (demande de certificats, réclamations…). Plus récemment, l’accès aux relevés mensuels concernant la qualité de l’eau dans les rivières, canaux et lacs de la ville a été rajouté.

 


UNE APPLICATION EN MANQUE DE PARTICIPATION … ET DE PARTICIPANTS

Enfin, la promotion de l’application auprès des citoyens a également été étudiée, à travers un système de points récompensant chaque utilisation de l’application (report de dysfonctionnements urbains, paiement du parking…), pouvant être échangés contre des cadeaux. En parallèle, un système de « quizz » quotidien a été intégré à l’application, invitant les utilisateurs à découvrir les fonctionnalités de l’application à travers de petites questions.

 

Malgré cela, l’utilisation de l’application reste à étendre. Le gouvernement revendique 32 000 utilisateurs enregistrés (ayant enregistré leur numéro de téléphone), une goutte d’eau parmi les 9 millions d’habitants de la ville. Il est d’ailleurs rare de rencontrer quiconque à Hangzhou utilisant régulièrement l’application, qui reste à l’ombre de l’offre proposée par le privé et portée par de lourdes compagnes de communication. 

 

Cet échec peut en partie s’expliquer par le grand manque de l’application : une réelle opportunité de participation citoyenne. Si les habitants peuvent y trouver des services publics, leur engagement dans l’application reste faible (l’option de signalement de problèmes urbains étant conçue comme un outil pour l’action municipale, et non pas comme un service d'expression pour les habitants). En comparaison, l’application développée à Séoul (Corée du Sud) propose une plateforme citoyenne avec vote consultatif par mobile et transparence des données publiques.

 

UN ÉCOSYSTÈME RICHE D’APPLICATION PUBLIQUES ET PRIVÉES

L’application « Administration de proximité » s’inscrit dans une offre applicative riche et complexe, aussi bien de la part du gouvernement que des acteurs privés.

 

Les différents services de la municipalité de Hangzhou proposent d’autres applications pour smartphone. La plus complète étant celle liée à la santé et à l’accès aux soins (cf. article dédié à la santé connectée à Hangzhou – publié prochainement). L’application publique de transport permet le calcul d’itinéraire et la localisation de services, restaurants et divers lieux alentours. Une application de « smart tourism » propose la description des sites à visiter dans la ville et des services liés (restauration, transports, accès aux urgences, toilettes) ; elle intègre également une plateforme de réservation de billets d’avions et de trains via l’insertion de l’application privée Ctrip au sein de l’interface.

 

A l’inverse, les applications privées viennent également intégrer les services publics, dans une offre bien plus populaire et interconnectée. Le groupe de e-commerce Alibaba, basé à Hangzhou, a intégré les services de la municipalité dans son application de services AliPay. Initialement orientée vers le paiement mobile (et permettant aujourd’hui de régler dans la quasi-totalité des commerces de la ville), l’application assure désormais l’accès vers des fonctionnalités de l’application « Administration de proximité » : paiement des frais de parking, suivi des procédures administratives, accès aux résultats médicaux… AliPay étant disponible partout en Chine, les services varient selon l’engagement de chaque municipalité à ouvrir ses données : Hangzhou se démarque par son niveau de coopération avec l’entreprise.

 

 Par ailleurs l’application donne accès à des services privés (paiement en ligne, réservation de titres de transports…) et bénéficie de moyens de communications considérables, la rendant plus attractive pour les utilisateurs, et faisant de l'ombre à l'application municipale.

 

 

Article de Jérémy Leugé et Liubing Xie

Retrouvez tous les articles publiés sur Hangzhou et son programme de smart city.

 

 

 

 

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Capture d'écran de la fonctionnalité "Services Urbains" au sein de l'application Alipay, développée par Alibaba. A côté des trois agents est inscrit : "Dans les administrations de cette ville, pas besoin de faire la queue".
Capture d'écran de la fonctionnalité "Services Urbains" au sein de l'application Alipay, développée par Alibaba. A côté des trois agents est inscrit : "Dans les administrations de cette ville, pas besoin de faire la queue".


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Rio de Janeiro, ville intelligente : représentations, réalité et perspectives

L'actualité de Rio de Janeiro est riche ! La Cidade Maravilhosa, après avoir accueilli la Coupe du Monde de Football en 2014, sera le théâtre des Jeux Olympiques en août 2016.

 

L'organisation successive de ces deux évènements mondiaux majeurs démontre l'ambition de la ville qui souhaite s'imposer comme une référence et rayonner au niveau international. Une ambition qu'incarne parfaitement son Centro de Operaçoes, habilement mis en scène par Eduardo Paes, maire de Rio, lors de son allocution TED. Un Centro de Operaçoes qui sert de figure de proue à la stratégie de Rio de Janeiro en matière de développement de Smart City, mais qui prête également le flanc à de nombreuses critiques.

 

Qu'est-ce que Rio Smart City ? Quels en sont les acteurs, quelles sont leurs enjeux et leurs stratégies ? Comment coexistent-ils et participent-ils au développement de la ville ? Quel peut être le visage de Rio Smart City demain ?

 

Ce stage est l'occasion pour moi de partir à sa découverte, au moment où tous les regards se tournent vers elle, les JO approchant.


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Smart Water à Hanoi, par Linh Nguyen Tri et Elise Perrault

Smart Water à Hanoi, les premiers pas

Sur les rives du lac Hoan Kiem - Linh Nguyen Tri
Sur les rives du lac Hoan Kiem - Linh Nguyen Tri

Lors de son séminaire “Building a Smarter City” en 2012, Hanoi a exprimé  son ambition de devenir une ville pionnière dans l’utilisation et le développement des technologies et de se présenter comme une “ville intelligente” d’ici 2030.


Les défis de l'eau à Hanoi

Parmi les priorités de la ville figure la question de l’eau. Hanoi est en effet la première capitale en termes de plans d’eau (elle est traversée par le Fleuve Rouge et se compose d’une centaine de lacs répartis sur 1.165 ha). Dans un contexte d’urbanisation croissante, la régularisation des eaux pluviales et la gestion des risques d’inondation par les lacs sont des défis majeurs, auxquels sont associés la qualité de l’eau et les inégalités de distribution. Aujourd’hui à Hanoi, nombreux sont les acteurs déjà positionnés sur ce sujet (publics, privés, locaux, nationaux, étrangers).

Notre enquête

Notre enquête vise à dresser un état des lieux des enjeux relatifs à l’eau à Hanoi en termes de gouvernance des réseaux et de risques, ainsi qu’un aperçu de l’utilisation du numérique et des dispositifs technologiques dans la ville. Elle cherche à présenter les acteurs impliqués et la perception des thématiques de la Smart Water par les différents usagers de la ville.



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Beyrouth smart city? - Sandra Reverdi

Assimiler Beyrouth et ville intelligente pourrait surprendre certains. Pourtant, on peut penser que la capitale libanaise pourrait être sur la bonne trajectoire. En 2015, une entreprise britannique (AMG Systems) investit dans un nouveau système pilote de caméras de surveillance dans le centre-ville.

Beyrouth : Le secteur du numérique, un potentiel important dans la gouvernance citoyenne et la gestion urbaine.

Beyrouth, capitale du Liban, est une métropole avec près de 2 millions d’habitants vivants dans l’agglomération, soit près de la moitié de la population totale. Depuis les nombreux conflits politiques auxquels fait face la capitale, les défaillances de l’État entrainent des obstacles au développement de la ville en tant que ville intelligente. En effet, aux côtés des problématiques actuelles d’offre de services urbains de 1ère nécessités telles que le ramassage des déchets depuis juillet 2015, ou encore un réseau de transport public inefficace, la ville rencontre des problèmes de distribution du réseau internet. La principale  entreprise de distribution d’internet a connu de nombreuses accusations de comportements opportunistes. De plus de nouveaux réseaux de distribution illégaux, ont été découverts. Ainsi le débit internet reste fortement limité par rapport à la vitesse qu’il pourrait réellement  avoir.


Malgré cela, la secteur du numérique a une place importante, ce qui permet à Beyrouth d'avoir un réel potentiel d'avenir en tant que Smart City. En effet, la taille du marché des TIC connait une croissance de 8% entre 2012 et 2014, et « selon le Business Monitor International » cette tendance devrait atteindre les 11% d’ici 2017.  De nouvelles actions politiques ont émergées notamment une initiative prise par l'ambassadeur de Grande Bretagne au Liban et le directeur de la banque du Liban, nommée Circular 331, un programme qui offre 400 millions de dollars pour soutenir les startups libanaises et permet aussi aux banques commerciales d'investir dans les projets de ces petites entreprises. De plus, en 2012 a été créé le Beirut Digital District, dans le but de promouvoir Beyrouth en tant que Hub Technologique de la région du Moyent-Orient : un cluster qui regroupe l'ensemble des acteurs du secteur de l'innovation et des nouvelles technologies.

 

De plus, le rôle des citoyens s'accroit à travers notamment de nombreuses applications ou encore avec les mobilisations à travers les réseaux sociaux pour lutter contre ces défaillances publiques.  Le Liban fait en effet, partie du top 5 régional en termes de pénétration de réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Linkedin). Le taux de pénétration serait de 87%. Celui d’internet, de 61% en 2013, contre 56% en Egypte, 79% au Kuwait.

 

Les réseaux sociaux au Liban représentent donc un lieu de mouvements et de rassemblements. De nombreux groupes facebook, ou hashtag ont été créé à des fins multiples : solidarité pour les réfugiés syriens, consternation contre les attentats, les conflits confessionnels, mais aussi contre la crise environnementale de l’été 2015. Ce sont des « lieux de lancement d’appels et de mobilisation » d’une grande importance.

 


L’étude de terrain aura pour but de définir le potentiel de Beyrouth en tant que ville intelligente, et le rôle fondamental de l’augmentation de la participation citoyenne via le numérique. Elle permettra surtout d’aller à la rencontre des acteurs, d’essayer de comprendre le rôle du numérique et de la gestion des données, mais aussi de définir la perception de la ville intelligente par ces différents acteurs.


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Participation et innovation citoyenne par le biais de plateformes en ligne : Une interview avec Manuela Valencia (Cities for life, Ruta N)

Les technologies numériques permettent de nouvelles formes de participation citoyenne. Deux plateformes en ligne ont vu le jour à Medellín : citiesfor.life et MiMedellin. Manuela. Valencia de Cities for life nous présente leurs objectifs et leur portée.

D’où est née l’idée de la plateforme citiesfor.life?

En 2013 Medellín a été élue la ville la plus innovante par Citi Bank et le Wall Street Journal. De là nous est venue l’idée d’inviter des villes du monde entier pour qu’elles présentent leurs expériences en terme d’innovation et ainsi favoriser l’échange de connaissances. Nous avons ainsi réalisé l’évènement global « Cities for Life » en aout-septembre 2015. Un des prémisses est que dans un monde globalisé, nous partageons de nombreux défis tout comme des opportunités, nous devrions donc collaborer pour être plus performants. L’évènement avait un volet politique, durant lequel 60 maires du monde entier se sont accordés sur une déclaration sur la gouvernance des villes et durant lequel nous avons défini les défis de l’urbanisation ; et un volet technique, durant lequel 90 experts
nationaux et internationaux ont participé à un processus de co-création pour chercher des solutions face aux défis qui avaient été définis.

Durant l’évènement, nous avons lancé la plateforme globale citiesfor.life. Celle-ci cherche à donner à cette communauté globale un espace virtuel pour qu’elle puisse continuer à partager expériences et réussites et à réaliser des exercices de co-création.

Quelle est la relation entre la plateforme citiesfor.life et la plateforme MiMedellín ? Comment fonctionnent ces plateformes ?

Au-delà de l’évènement et de la plateforme citiesfor.life, nous développons la plateforme MiCiudad (MaVille), qui localement est MiMedellín. MiCiudad est une initiative qui sera mise en œuvre dans plusieurs villes de Colombie et du monde. Citiesfor.life est la plateforme-mère qui chapeaute ces différentes initiatives locales. La plateforme locale cherche à favoriser la participation et l’innovation citoyenne, et à améliorer le dialogue
entre le gouvernement et les citoyens.

Sur cette plateforme, tu peux lancer une question ouverte pour lancer un processus d’écoute. Par exemple, à Medellín, nous voulons transformer le centre-ville. Nous avons donc lancé une question ouverte aux citoyens : « Comment imagines-tu le centre de Medellín ? ».

 

Cette question nous aide à comprendre quels sont les problèmes spécifiques. Tu reçois des milliers d’idées, sur des thèmes variés comme l’environnement, la mobilité,l’espace public, la sécurité… Et un des problèmes majeurs du centre de Medellín que nous avons détecté est l’insécurité, et en particulier le vol de téléphones portables. Nous avons
ainsi identifié une cause critique, et lancé un défi plus spécifique : « comment pouvons-nous lutter contre le vol de téléphones portables dans le centre ? ».

Sur la plateforme, une option te présente deux idées de manière aléatoire, et tu peux voter pour celle que tu préfères. Le système prend alors en compte les votes, les « likes » et les commentaires et établit un top 10 des meilleures propositions. Il y a donc au sein même de la plateforme une forme de reconnaissance citoyenne qui est très importante durant tout le processus.

Disons qu’une proposition citoyenne était de construire un pont. L’idée même n’est pas innovante, mais le processus l’est, car l’idée vient du citoyen et résulte d’un processus d’innovation ouverte. Quand nous mettons en œuvre le projet, nous montrons notre reconnaissance envers le citoyen pour qu’il prenne conscience de son pouvoir d’action et continue à participer. L’idée de la plateforme est d’écouter les idées de chacun et de reconnaitre l’innovation citoyenne. De plus, les citoyens vont prendre soin de la ville car ils se rendent compte qu’ils en sont les acteurs principaux et qu’elle leur appartient. La participation a un grand impact sur l’appropriation des projets.

Nous pouvons aussi poser une question à choix multiple. Par exemple, si une autorité locale a trois idées de projets et ne sait pas lequel mettre en œuvre, elle peut poser une question et les citoyens choisissent leur projet préféré, et peuvent nourrir la proposition en la commentant. La plateforme aide ainsi la municipalité dans la prise de décision, elle permet une allocation des ressources plus efficaces, et améliore la gouvernance.Avec ces idées, tu peux donc formuler un projet urbain. Mais tu peux aussi formuler des opportunités pour le secteur entrepreneurial. C’est ainsi une manière innovante de connecter le secteur privé aux nécessités de la ville.

Quand une problématique se répète dans de nombreuses villes et que nous nous rendons compte que c’est un problème global, ou quand nous sommes incapables d’apporter une solution au niveau local, nous le publions comme défi global sur la plateforme citiesfor.life, pour que ce ne soit plus seulement la communauté locale qui réponde au défi, mais la communauté internationale.

Petit à petit nous consolidons et élargissons le réseau« cities for life », constitué par les villes qui ont signé la déclaration de l’évènement Cities for life ou qui ont confirmé leur attention d’adhérer à ses principes, et qui rejoignent la plateforme. Nous publions aussi des cas d’étude pour promouvoir des solutions aux problématiques que de nombreuses villes.

Comment ces initiatives s’alignent-elles avec la politique générale de Medellín pour se positionner comme ville intelligente ?

En Colombie, il y a un décret de gouvernement en ligne qui définit la responsabilité des villes de mettre en œuvre des processus d’innovation ouverte. La plateforme se présente ainsi comme une solution pour que les villes se conforment à leur obligation.

Medellín a plusieurs stratégies pour se positionner comme ville intelligente. Par exemple, la ville est en train de mettre en place une politique d’open data et d’accès à l’information en ligne. Nous allons connecter cette stratégie d’open data à la stratégie de participation citoyenne, afin d’enseigner aux citoyens comment utiliser ces données pour élaborer des propositions plus adéquates.

Comment analysez-vous toute l’information que vous recevez ?

Ce travail est clé. Pour cela nous travaillons avec Inspira Lab, un laboratoire de Medellín spécialisé dans l’analyse de l’information, qui nous remet un dossier très complet. Ils prennent en compte tous les posts et commentaires. Ils analysent quels sont les tops, ils réalisent des nuages de mots et identifient des opportunités et tendances d’innovation correspondant aux idées citoyennes. Toutes les propositions sont géoréférenciées, donc tu peux aussi voir les résultats par quartier.

Vous pouvez me donner un exemple d’idée citoyenne qui s’est concrétisée ?

lus de 50 propositions citoyennes ont déjà été mises en œuvre. Par exemple, grâce à des idées citoyennes, Laureles est devenu le premier quartier de Medellín adapté au déplacement à vélo. Plus de 200 propositions avaient été enregistrées en réponse à ce défi et les 5 idées gagnantes ont été mises en œuvre.

Sur la plateforme MiMedellín les statistiques sur les usagers montrent que la majorité sont jeunes, étudiants et ingénieurs.

Comment percevez-vous cela ?

Cela est dû à la fracture numérique. A Medellín il y a 500 000 personnes connectées, c’est très peu. La majorité sont des étudiants ou des jeunes en général. Il y a donc des limites, mais nous agissons aussi directement sur le terrain pour améliorer l’intégration.

Par exemple, récemment MiMedellin a été utilisé comme outil pour co-créer le nouveau plan de développement local. Des sessions de travail ont été organisées dans chaque arrondissement et il y avait des stands de MiMedellin où nous présentions la plateforme, nous expliquions aux gens comment s’enregistrer, et comment ils pouvaient être actifs sur la plateforme. Nous notions aussi les idées des citoyens qui ne souhaitaient pas s’enregistrer sur la plateforme.

Nous allons aussi dans les quartiers pour enseigner aux personnes âgées comment utiliser la plateforme. Nous développons aussi d’autres méthodologies de travail participatif selon le groupe visé. Il est toujours nécessaire d’articuler les deux types de travail : la participation citoyenne via la plateforme, et le travail de participation sur le terrain.


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Ville intelligente et participation citoyenne : le cas de Medellín

Résumé

Au cours des 20 dernières années, Medellin est passée du titre de ville la plus dangereuse du monde à celui de “ville la plus innovante”, selon un concours international organisé par WSJ et Citi Group en 2014. Ville-exemple en termes de résilience et véritable laboratoire urbain, Medellín souhaite désormais se positionner comme “ville intelligente”.

 

Un de ses objectifs est de faciliter la participation citoyenne grâce à l’utilisation des technologies digitales. C’est dans ce cadre qu’a été créée la plateforme de co-création “MiMedellín”, permettant aux citoyens de proposer leurs idées en réponse à des défis, afin de construire ensemble la ville de demain.

 

Cette plateforme cherche à replacer le citoyen au cœur du processus de décision, les nouvelles technologies permettant d’effacer les intermédiaires et de créer un lien plus direct entre citoyens et gouvernants. Cette initiative revendique un changement de paradigme: du citoyen passif, délégant la prise de décision à ses représentants, au citoyen actif, créatif et innovant, participant activement à la définition de politiques publiques urbaines.

 

Nous analyserons ainsi comment les outils numériques permettent de faciliter la participation et la concertation dans le cas de Medellín, quels en sont les modalités, les enjeux et les limites.



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